Blaise Cendrars

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Blaise Cendrars

Message par Admin le Lun 26 Jan 2009 - 6:33

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]


Né un premier septembre en Suisse, d'une mère rêveuse et éthérée, fille d'un hôtelier, et d'un père suisse, inventeur et fantaisiste qui ne tient pas en place, Frédéric Sauser (1887-1961), avant de devenir Blaise Cendrars, se souvient de ses un an: « J'ai vu le Diable dans mon berceau, sous forme d'une boule électrique qui jetait des flammes et des étincelles crépitantes, et je hurlais, hurlais de frayeur! J'avais un an. C'était le jour de mon baptême. C'était à La Chaux-de-Fonds (Suisse). Maman était venue présenter son dernier-né à son père. Grand-père était mon parrain. Cela se passait au vieil Hôtel de la Balance. On festoyait dans la salle du bas. On valsait. On me laissait hurler dans ma chambre. Je m'en souviens bien. Je hurlais, je hurlais! Le Diable avait fini par disparaître, mais je continuais à hurler, m'entraînant moi-même, puis par jeu. Quelqu'un entrouvit la porte dans le noir et m'envoya une énorme baffe pour me faire taire. Je tombai à la renverse dans mon oreiller et je ne sais plus... En tout cas, je me taisais... Petit Blaise, tu dors ou tu ne dors pas ? (Aide-toi, le Ciel t'aidera!) » Fort de cette jeune expérience, il se débrouille souvent seul, passe une partie de son enfance en Égypte, puis à Naples avec ses parents et livre dans Bourlinguer un de ces drames secrets entre un père et un fils: « Moi, à quatorze ans, je m'étais saisi d'un couteau de cuisine. C'est pourquoi je me suis mis à bourlinguer. C'était pourtant le meilleur père du monde. » Un précepteur anglais, ivrogne fieffé, fait avec lui du camping en Sicile et lui apprend à boire. À seize ans, il fait une fugue qui ne le conduit qu'à Munich pour quelques jours où il rencontre le marchand Rogovine et devient son commis. Rogovine, vendeur de pacotille et aventurier, puis chercheur d'un vieux livre français l'habille de neuf et lui donne un revolver nickelé pour traverser la Sibérie. De ses aventures est né le grand poème: La Prose du Transsibérien. Ensuite il est envoyé par son père chez un correspondant, à Saint-Pétersbourg. En 1905, Cendrars assiste à maints épisodes de la Révolution.

À vingt ans, il est en France, hante les milieux littéraires, se lie avec Gustave le Rouge, auteur du Mystérieux docteur Cornélius, d'où devait sortir le « montage » de Documentaires. Peu après, il rencontre Rémy de Gourmont, dont il admire Le Latin mystique. L'année suivante, il reprend sa vie errante à travers Bruxelles, Londres. Une vie d'images, de voyages et de petits boulots. A Pékin, il est soutier à l'hôtel des Wagons-Lits et alimente la chaudière avec de vieux numéros du Mercure de France qu'il dévore avant de les brûler. Il est chasseur de baleines, celles qui l'inspireront pour écrire Dan Yack. Il passe des jours à la bibliothèque de Mazarine à moderniser l'orthographe et à copier à la main des romans de chevalerie pour le compte de Guillaume Apollinaire (« de mon écriture de chat! moi, qui n'ai jamais pu me fourrer l'orthographe en tête! »). Il élève des abeilles, invente le sel de cresson et a des amours avec la fille d'un scaphandrier qui l'initie à la plongée. Il est jongleur dans un cirque anglais où il devient l'ami de Charlie Chaplin. Il commence des études médecine pour épater son père qui avait voulu le tenir dans ses bureaux. Il court les routes avec les gitans dans une roulotte (L'Homme foudroyé). Et plus tard, dans une extraordinaire Alfa-Roméo, il descend la Nationale 10, qui selon lui, « va beaucoup plus loin que Biarritz, par l'Espagne, le Portugal, et au-delà de l'océan jusqu'à la Terre de Feu ». Il connaît Al Capone à Chicago, tourne La Roue avec Abel Gance, invente une hélice pour le triplan Borel, le premier gros avion, prédit en 1926 la bombe atomique dans Moravagine. Mais surtout il invente la poésie moderne.

En 1909, il retourne donc en Russie et c'est là que paraît, traduit en russe, son premier poème, La Légende de Novgorod. En 1910, il part pour Anvers, New York, Terre-Neuve, Paris, New York encore. Traînant dans la plus grande misère, une nuit illuminée d'avril 1912, Cendrars écrit Les Pâques à New York, long poème en vers libres qu'il ne remaniera jamais. Rentré à Paris il y fait paraître, avec ce texte, deux autre grands poèmes : La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France (1913) et Le Panorama ou les Aventures de mes sept oncles dont la parution sera retardée jusqu'en 1918. En 1914, Blaise Cendrars se marie avec une Polonaise, Fela Potzauska, qui lui donnera trois enfants. Dès les premiers jours de la guerre, il s'engage dans la Légion étrangère. Le 26 septembre 1915, il est grièvement blessé pendant l'office de Champagne. Le légionnaire y perd le bras droit, la velléité et l'ambition de devenir musicien. La littérature y gagne La Main coupée (1946). Amputé au-dessus du coude et retourné à la vie civile, l'ancien soldat pratique tous les sports violents, apprend à sténographier et à taper à la machine. Après la guerre, il voyage à nouveau de l'Amérique du Sud à l'Afrique noire, où il est prospecteur. C'est l'époque de Dix-neuf Poèmes élastiques (1919), Kodak et Feuilles de route (1924). C'est aussi l'époque du cinéma auquel Cendrars se donne avec passion, amenant au septième art des collaborateurs aussi prestigieux qu'Arthur Honneger. Il annonce alors : une race d'hommes nouveaux va paraître. Leur langage sera le cinéma. Et c'est de cette époque que date la période romanesque. Ses poèmes seront de moins en moins nombreux pour laisser la place à une prose très poétique où l'on trouve romans, biographies, reportages, nouvelles ; où se mêlent l'exotisme, la mer, la forêt vierge, le réel et le rêve, l'étrange et la violence car Cendrars fut aussi correspondant de la « drôle de guerre », à Londres, à la fin du terrible hiver de 1939-1940, pour mener une campagne télégraphique. Ses reportages témoignent une curiosité toujours en éveil, servie par une plume alerte, rapide, une arme d'une « puissance d'évocation qui fait de cet écrivain un grand peintre » (Louis Parrot). Il faut lire ses chroniques A bord du Normandie écrites en 1935 pour Paris-Soir et transmises par TSF, cette radio qui le sidère par sa nouveauté sensationnelle. Cendrars a voulu faire le voyage dans la machinerie qu'il décrit avec la jubilation d'un horloger suisse, aux côtés des soutiers, huileurs, mécanos. En acceptant le reportage, il avait confié: « Ce qui m'intéresse ce sont les machines. Les tralalas et les belles réceptions des gens du monde, j'en ai rien à foutre. » Pour en finir, on sait qu'il fut l'épouse de Raymone et que son fils Rémy s'est tué dans un accident d'avion au cours d'un exercice de tir aérien en novembre 1946 au-dessus de l'Atlas, à Meknès, au Maroc.

Il y avait en lui un mélange unique de rat de bibliothèque et d'aventurier. Il semblait avoir tout vu, tout lu. Il prétendait qu'avant d'écrire un livre, il faisait la liste des mots qu'il comptait employer. Trois mille pour L'Homme foudroyé. Il prétendait avoir détruit des manuscrits inédits, en avoir caché d'autres dans des banques, en Amérique du Sud, il ne savait plus où, et composé des poèmes, pour lui seul, qu'il ne prenait même pas la peine de noter. Vrai ou faux, nul ne sait, qu'importe. Mieux que cette légende, il reste de Blaise Cendrars une œuvre, en poésie et en prose, dont la grandeur ne peut être niée. C'est le ton donné à une époque, le fantastique social, le pathétique de l'homme qui se cherche dans les voyages, avec, pour seul bagage, la tendresse pour les autres hommes. En parlant de la vie il disait avec humour : « C'est une danse macabre. J'ai trop vécu. Mais je veux vivre encore l'entrée de l'actuel, du nouveau moyen âge et ne pas rater l'époque atomique. J'ai même retenu ma place dans le premier train en partance pour la lune!... » Blaise Cendrars est un grand classique de la littérature française que l'on lit et relit avec un éternel plaisir. Roi des anecdotes et dévoreur de vie, c'est un grand écrivain : « La mère d'un ami très cher qui m'invitait pour la première fois à dîner me disait avant de passer à table: "J'ai lu tous vos livres, monsieur. C'est très beau, mais je n'y ai rien compris..." J'avais de la peine pour elle, à cause de son fils, et quelques minutes plus tard, à table, elle renversait la salière, et j'avais encore de la peine pour elle, à cause de superstitions. Tout le monde sait que le sel renversé porte malheur et que les écrivains sont le sel de la terre. »

Blaise Cendrars entreprit son dernier voyage à Paris le 21 janvier 1961, où il mourut. Il partit pauvre et malade. Ses soixante-quatorze années de bourlingue, d'aventures, de course à la liberté conquise par l'écriture ont rempli sa vie d'une richesse et d'un mouvement incomparables. Ses expériences transfigurées sont la matière vivante de son œuvre.

_________________
"Qui donne ne doit jamais s'en souvenir. Qui reçoit ne doit jamais oublier."

DEVENIR FAN SUR FACEBOOK.

Admin
Admin

Nombre de messages : 358
Réputation : 34
Date d'inscription : 14/01/2009

http://wikischool.forumetudiant.net

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum