La guerre d'Indochine de 1947 aux accords de Genève

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La guerre d'Indochine de 1947 aux accords de Genève

Message par Admin le Mer 17 Fév 2010 - 9:07

Les Guerres du Vietnam



► La guerre d’Indochine : débuts

En début 1947, la France ne se rend pas compte de l’échec de sa politique agressive. Thierry d’Argenlieu est limogé à son tour (il se convertit au catholicisme et intègre un couvent) par le nouveau gouvernement (qui ne comprend pas de communistes, l’année 1947 étant celle de la rupture). La politique de la force au Vietnam a conduit à une situation épineuse ; les nouveaux dirigeants français décident donc d’une politique plus souple.

Situation militaire des Français : présence militaire en Indochine localisée en Cochinchine, Annam et Haiphong. La France ne peut discuter qu’avec Bao Daï ; les tractations commencent dès le début de l’année. Pour Bao Daï, les 3 Ky doivent être réunis pour permettre l’indépendance du pays à terme. La menace pour lui est celle du communisme ; il joue donc le jeu des Français après celui des Japonais pour écarter les communistes, quitte à ensuite écarter les Français pour permettre l’indépendance et la réunification. Le communisme représente en effet un danger pour les valeurs traditionnelles et occidentales et Bao Daï a besoin du soutient militaire français pour parvenir au contrôle du pays. Après moult discussions, il obtient le statut indépendant pour le Vietnam dans l’Union (sur un modèle proche du Commonwealth britannique) ; c’est ce que l’on avait refusé à Ho Chi Minh quelques mois plus tôt : le pays aura sa propre armée, pourvu qu’il reste allié aux Français. C’est une alliance « d’entraide », les Français viendront en aide au pays tant que celui-ci ne sera pas libéré et sous contrôle (limitant ainsi l’indépendance), et développera une armée vietnamienne nationaliste locale. Dans une logique de guerre froide, les Français quant à eux estiment qu’ils ne peuvent préserver leurs intérêts au Vietnam que si le pays ne devient pas communiste ; Bao Daï parle français, il est capitaliste, et surtout on pense qu’il est un fantoche qui permettra de réunir les Vietnamiens derrière lui (car il a une forte légitimité historique, descendant de la famille des Empereurs qui ont uni le pays) tout en maintenant le contrôle sur le pays ; il s’agit d’une recolonisation par les cadres. Militairement, le Vietminh est sous-estimé, on n’envisage même pas l’éventualité qu’il représente une menace ; en plus des propos racistes, on ignore les moyens, l’armement et le potentiel de la guérilla. La France a en effet une des meilleures armées du monde ; pendant ces discussions avec Bao Daï, Ho Chi Minh profite du temps pour organiser la guérilla avec Giap.

Le gouvernement vietnamien légitime est donc un gouvernement pro français, mené par un parti bourgeois anticommuniste qui lance la collaboration dans le cadre colonial réaménagé. Militairement on a à disposition la légion étrangère, des troupes vietnamiennes et des professionnels français. Dès 47, la France provoque sciemment la guerre civile pour isoler le Vietminh, c’est une guerre entre le communisme et l’Ouest dans ce contexte nouveau de la guerre froide. La présence française s’accentue sous forme de conseillers et de militaires. En face, Giap continue la guérilla sur le modèle chinois adapté au Vietnam, avec une stratégie à long terme. La victoire se fera en 3 étapes :

 Tant que l’asymétrie des forces durera, que l’adversaire aura la supériorité numérique et matérielle (aviation, napalm, marine pour un déploiement rapide des forces, chars, canons donnant une puissance de feu supérieure), il faut tenir compte du déséquilibre et donc étaler les troupes. Le Vietminh ne dispose que d’armes artisanales, de fusils, de quelques armes japonaises, mais pas d’armement lourd ; les Français ont une puissance de feu supérieure assurant la victoire, il faut donc étaler cette puissance pour la réduire ; les bases de guérilla s’installent partout dans le pays, les troupes adverses se dispersent. La guérilla est comme un poisson dans l’eau, insaisissable, les bases sont invisibles, présentes partout, il faut se fondre dans le décor. Dans les régions contrôlées par le Vietminh, les villages ne changent pas d’activité ; les jeunes sont formés, des commissaires politiques font de la propagande, et ces soldats, après une attaque, redeviennent immédiatement des paysans et des civils. Toutes les bases sont des potentiels militaires dormants, des miliciens-civils. Les meilleurs soldats des villages quittent leur région et deviennent des cadres nationaux. Le Vietminh investit par autorité, c’est un régime de cœrcition qui exploite l’habitude à la soumission des populaces locales : ceux-ci n’ont pas le choix de l’engagement et les commissaires politiques éliminent les récalcitrants. Les villages vietminh payent de plus l’impôt révolutionnaire en blé, riz, biens locaux. La stratégie se base sur le refus de l’affrontement. La France contrôle les routes principales mais comment contrôler tout le territoire ? Giap joue sur la durée, rien ne presse, les Vietnamiens sont chez eux et cultivent leurs terres : 5 à 10 ans ne changent rien pour eux. Les Français essayent terminer la guerre en 1 an, elle leur coûte très cher et le pays est déjà ruiné (la reconstruction de la France prend du retard en Europe à cause des fonds investis au Vietnam). De plus les Vietnamiens se battent pour leur pays, pour défendre leurs familles, ils ont l’avantage du facteur moral ; les légionnaires étrangers, eux, souffrent du climat, de l’éloignement de leur pays, des tactiques vietnamiennes (planches à clou cachées où les légionnaires marchent) ; à cela s’ajoute le fait de ne jamais voir son ennemi de face, la frustration de ne pas pouvoir se battre de façon traditionnelle. Le moral des troupes françaises est donc au plus bas.
 Une fois à l’équilibre local des forces, en face de Français démoralisés et étendus sur un très large territoire, on adopte une tactique de harcèlement : attentats, attaque de convois très rapides. Ces attaques provoquent quelques morts qui font grand bruit à Paris où on est désintéressé du conflit. Les affrontements ne se font que très rapidement et en cas de supériorité ou égalité des forces.
 A un moment très soigneusement choisi, la bataille décisive contre les Français, en fonction du contexte politique. Après des années de guerre, une défaite importante fera prendre conscience aux Français de l’inutilité de la guerre qu’ils mènent et de son coût considérable. Ce sera Dien Bien Phu en 1954, avec une vraie armée en face et lors de la Conférence de Genève.

La stratégie française se déroule en deux étapes de son côté :

 La tache d’huile. Les Français ont des zones de contrôle sécurisées qui forment le point de départ à partir duquel on élargit progressivement ces zones. Ces villages ne sont pas contaminés et il faut donc éviter l’infiltration : on construit une ceinture de béton autour du village en le minant en même temps et en installant des postes de garde. C’est une stratégie impossible à terme, car plus des deux tiers des Vietnamiens sont Vietminh en 1950.
 Coup de poing. On tape un grand coup décisif en comptant sur sa chance ou un indicateur, espérant détruire une base de commandement Vietminh. Le fantasme serait de tomber sur Ho et Giap pour décapiter le Vietminh. Ho et Giap se déplacent donc tout le temps de poste en poste. Les Français cherchent à affaiblir les postes vraiment forts, mais ils n’arrivent pas à les identifier à cause de leur invisibilité.

La situation change en 1949 lorsque Mao proclame la République populaire de Chine ; il apporte son soutient à Ho Chi Minh qu’il connaît personnellement. La Chine ayant une frontière avec le Tonkin, elle approvisionne le Vietminh avec des armes ; Canton devient la base arrière des communistes. Les Français prennent conscience en 1950 que pour battre le Vietminh, il faut battre la Chine et donc l’URSS. Ils se tournent donc vers les USA pour avoir un allié puissant et déléguer la responsabilité de la guerre. Toute la guerre en Indochine est financée par les USA dès 1950, même si ceux-ci demeurent prudents jusqu’en 1954 vis-à-vis de l’engagement dans le bourbier vietnamien.

► La rupture sino-soviétique :

En 1947, alors que les USA soutiennent activement Tchang Kai Chek, l’URSS apporte une aide mitigée à Mao : Staline se méfie du communisme peu orthodoxe de celui-ci. A ces tensions s’ajoutent des conflits de frontières déjà anciens entre URSS et Chine, Staline compte sur l’éclatement à cause de la guerre civile pour ramasser les morceaux ; Staline ne veut non plus pas de concurrence de la part du modèle communiste que la Chine pourrait présenter et il ne croit pas à la victoire du communisme en Chine. Son soutient se ressent donc, donnant l’avantage à Tchang Kai Chek. Pourtant en 1948-49, c’est le communisme qui a l’avantage. Tchang Kai Chek a fascisé le Guomindang sur le modèle de Mussolini, instaurant un régime militaire autoritaire, presque dictatorial. De plus s’ajoutent d’autres problèmes : la corruption du régime, le peu de changements sociaux dans les territoires contrôlés, l’image peu patriotique à cause de l’influence occidentale (on craint une recolonisation par ce biais) et on lui reproche de ne pas s’être assez battu contre les Japonais, au contraire des communistes fortement impliqués. Le régime n’a pas de soutient populaire. Les communistes apparaissent comme de vrais patriotes, très efficaces dans le combat conte les Japonais, mais aussi ils ont une image plus chinoise : austères, pas intéressés par le luxe donc incorruptibles, détachés du matériel et idéologues (tradition intellectuelle chinoise) et surtout ils ont réformé le système agraire, redistribué les terres aux paysans et encadré les villages, d’où des adhésions de masse et un large soutient populaire. En 1949 a lieu une des plus grandes batailles de l’histoire, les deux armées alignant 1 million d’hommes. Tchang Kai Chek a l’avantage matériel mais il souffre des désertions de masse de ses soldats qui partent se battre du côté communiste ; elle finit par la victoire des communistes. En automne 1949 Mao entre dans les villes (il contrôle déjà les campagnes) et proclame la République. Tchang Kai Chek, protégé par la marine US, part pour l’île de Formose en emmenant les réserves de la banque nationale ; il y fonde la République de Taiwan, espérant pouvoir facilement retourner en Chine.

Pour les USA, cette défaite est une catastrophe pour la politique asiatique : celle-ci doit être totalement revue et la situation chinoise bouleverse les enjeux de la guerre froide, rajoutant 1 milliard de communistes au bloc de l’Est et faisant bouger son centre de gravité virtuel vers l’Asie. Les USA prennent la décision de ne pas reconnaître la Chine de Mao et continuent à se référer à la vraie Chine, celle de Taiwan. L’URSS de 1950 à 1954 crée des liens étroits avec la Chine en y envoyant des conseillers aidant à la reconstruction sur un plan stalinien de développement de l’industrie lourde. La théorie des dominos s’impose aux USA : il faut endiguer l’avancée du communisme, former un cordon sanitaire pour éviter la contamination des pays voisins. Il faut déjà être sur place dans ces pays.

Le Japon ne devait pas se relever après la guerre : le pays est occupé par les USA qui ont imposé une nouvelle constitution ; le Japon ne doit pas être une menace, il faut donc le désindustrialiser. On imagine une régénération par l’agriculture ; les grands trusts sont détruits, il n’y a plus d’industries ni d’armée. Avec la perte de la Chine, la politique à l’égard du Japon change radicalement. Dans cette logique de l’endiguement, il faut au contraire que le Japon soit fort pour contrer l’avancée communiste et présenter un modèle de prospérité et de réussite du capitalisme en Asie. On interdit les partis communistes et recréer les trusts en les arrosant de dollars. Une aide massive à la reconstruction est offerte par les USA ; le pays économise grâce à la suppression de son budget militaire (parapluie nucléaire américain) et en 3 ans le Japon a regagné son niveau de productivité de 1937. C’est le miracle japonais. Il n’y a pas de contestations salariales et la population est très jeune suite à la politique d’hyper population de la guerre (la moitié des Japonais ont moins de 20 ans). Le pays, sous tutelle américaine, n’a pas le choix : l’Asie entre dans la guerre froide.

► La guerre de Corée :

A la suite de la guerre de Corée, de l’engrenage de la guerre froide, l’alliance avec le Japon devient une nécessité pour les USA pour disposer d’une base arrière vers la Corée. Hong-Kong s’enrichit de la même façon grâce au transit de matériel vers la Corée. La Corée est libérée par l’URSS au Nord et les USA au Sud en 1945, la 38e parallèle devient une ligne de démarcation militaire. On déniponise le pays en organisant des élections libres. À cause de la guerre froide et de la situation dictatoriale en URSS, cette frontière devient politique, au nord régime communiste et au sud un régime dictatorial pro-occidental soutenu par les USA. En 1950 Staline pousse le Nord à attaquer le Sud, notamment pour compenser la politique US au Japon : il veut créer un avant-poste face à la Chine et au Japon et protéger les frontières de l’URSS. L’attaque est victorieuse, l’aide US doit en effet venir de très loin et tout le Sud est occupé. Les conseillers US et l’armée sud-coréenne se réfugient dans la poche de Pusan. Les USA décident d’intervenir dans le cadre de l’ONU et font voter l’intervention, profitant de l’absence de l’URSS qui aurait droit de veto. On forme ainsi une coalition mondiale sous le drapeau de l’ONU pour dissimuler le fait que les USA défendent leurs intérêts. Le débarquement a lieu en automne et en hiver presque tout le pays est repris, hormis quelques poches de résistance. A ce moment-là Mao décide l’entrée en guerre de la Chine et mobilise pour lutter contre la menace européenne à la frontière. Il soude ainsi le pays contre un adversaire commun. Face à des vagues de combattants chinois mal armés et les massacres incessants démoralisent les troupes de l’ONU. Mac Arthur demande à Truman l’utilisation de l’arme nucléaire et un bras de fer s’engage. Mac Arthur démissionne face au refus final de Truman, motivé par la crainte de l’arme nucléaire soviétique et d’un conflit mondial. Les troupes reculent en perdant des territoires du Sud ; le pays est ravagé par le mouvement incessant des lignes de front, les bombardements chimiques (avec les premiers avions à réaction). Le front se stabilise en 1951 et le 27 juillet 1953 on décide d’un cessez-le-feu à Panmunjom sur la 38e parallèle, on retourne au statu-quo d’avant le conflit.

La mort de Staline change la position des adversaires. La lutte pour le pouvoir en URSS et le début de la déstalinisation modifient les relations internationales. Le régime s’adoucit et l’Ouest entretient l’espoir de discussions. Fin 1953 a lieu la conférences des 4 (URSS ; FR ; USA ; GB) à propos de l’Allemagne. La guerre de Corée pose un problème diplomatique, car il faut inviter la Chine de Mao à la table de conférence, mais la présence US est aussi nécessaire. Or cette présence impliquerait une reconnaissance implicite contraire à la ligne de politique extérieure.

► L’Indochine théâtre de la Guerre froide :

Déjà avant le problème chinois, les Français contrôlaient très peu du territoire vietnamien. On contrôle Cao Bang, les routes coloniales et les villes. De Hanoi à Cao Bang, la route est sous contrôle Vietminh. Une fois la Chine communiste, à toute la frontière commune avec le Laos s’ajoute celle du Tonkin avec la Chine. De plus les Vietnamiens acquièrent des canons DCA qui combattent l’aviation (on ne peut plus napalmiser). En 1949, l’URSS et la Chine reconnaissent la RDV, GB et USA le gouvernement de Bao Daï ; la guerre froide s’installe.

Les USA soutiennent donc les Français financièrement dans la guerre. La légion française est équipée de matériel américain et du matériel lourd venu par Hong-Kong. La France a un problème : elle a du s’engager vis-à-vis des USA à accorder l’indépendance au Vietnam en échange de l’aide financière. Donc dès 1951-1952 la France poursuit une guerre très dure sans but ; l’issue de la guerre n’importe plus, le Vietnam sera de toute façon indépendant. La guerre continue tout de même encore 3 ans, étant profitable (détournement des fonds US destinés à la guerre mais envoyés en France) et discrète (la majorité des soldats ne sont pas français et la guerre est très lointaine).

En 1953, la situation en Algérie devient précaire alors que le monde arabe se réveille. Nasser renverse le roi d’Egypte et enflamme la région avec un début de guérilla ; c’est le réveil du nationalisme local. La France choisit de favoriser l’Algérie, colonie de peuplement, au dépend du Vietnam. Il devient donc urgent de libérer les troupes et de cesser la guerre ; on ne désire plus qu’une fin honorable au conflit pour ne pas perdre la face. On espère dans ce but une grande victoire sur Ho Chi Minh ; il faut une bataille ouverte, avant la Conférence de Genève où se décidera le sort de l’Indochine. On provoque donc ouvertement le Vietminh en essayant de le faire se révéler. L’opération Castor permet la mise en place d’un hérisson, d’une place fortifiée en pleine zone Vietminh, à Dien Bien Phu. La position est choisie entre les montagnes, dans une plaine pour forcer les Vietnamiens à se mettre à découvert pour attaquer. On pense surtout qu’il sera impossible d’acheminer beaucoup d’hommes et de canons. La conférence approche, c’est le moment idéal de favoriser sa position pour peut-être obtenir des avantages, pour ensuite se retirer discrètement du conflit ; à Paris la pression monte, le prix de la guerre est exorbitant, le charbon et le caoutchouc ne rapportent pas assez pour justifier un tel engagement militaire, le commerce a presque cessé au Vietnam et le pays accèdera de toute façon à l’indépendance. Dien Bien Phu contrôle l’accès au Laos où le Vietminh s’infiltre pour circuler librement. Une guérilla laotienne contrôle la région du Nord ; le général français Navarre désire un verrou entre ces deux guérillas. Le hérisson comprend une piste d’aviation, seule façon d’approvisionner la place, et des forts baptisés de noms de femmes. Les Français ont 15-20'000 hommes, les Vietnamiens 1-2 divisons selon les estimations contre l’aviation et la puissance de feu française. On est sûr de la victoire.

Ho Chi Minh décide de relever le défi français. Il est dans la même logique que les Français. C’est la 3e étape de la guérilla qui est enfin arrivée, et un grand revers militaire infligé aux Français démoralisés leur fera prendre conscience de leur situation impossible et mettra fin à la guerre. Le Vietminh doit avoir une position forte en vue de la conférence internationale qui doit décider du sort du pays à Genève. Il faut une victoire symbolique et psychologique ; pour cela on mobilise le peuple pour aligner 3 divisions, on construit des routes sous les bombardements pour acheminer le matériel ; on réussit également à installer des canons à mi-pente sans que ceux-ci soient détectés. Début 1954 Dien Bien Phu est encerclé, l’accès terrestre est coupé, le pont aérien seul approvisionne périlleusement la ville, vulnérable à la DCA disséminée dans les montagnes.
La bataille est déclenchée le 13 mars 1954 ; dès les premiers jours la piste d’aviation et les chasseurs sont détruits au sol. Le moral baisse, le commandant d’artillerie se suicide de ne pas avoir prévu le matériel lourd dont les Vietnamiens disposent. Les parachutages deviennent le seul moyen d’approvisionnement et à mesure que les lignes se resserrent, les armes atterrissent chez le Vietminh. Le 26 avril à l’ouverture de la conférence de Genève, on voit mal comment les Français pourraient encore gagner. Les USA acceptent de soutenir la France et bombardent massivement les lignes ennemies avec 80 B29 pour ouvrir une route d’évacuation. Eisenhower prévoit l’opération vautout, mais le Congrès refuse de voter l’intervention pour les 10'000 soldats français (seul 5% des Français en Indochine), on attend de voir l’issue de Genève. Les USA posent des conditions d’intervention : 1. La France doit convaincre la GB d’intervenir en même temps que les USA car cela doit paraître une opération alliée. 2. Les Français doivent fournir un effort militaire supplémentaire après la batille (impossible, vu que le pays veut justement de désengager). 3. Il faut accorder l’indépendance totale du Vietnam, sans la condition d’alliance avec l’Union : plus jamais de Français au Vietnam. La GB refuse : ce sont des Français (les rivaux de toujours), cela montre un mauvais exemple en Asie et on ne « dispose pas d’avions ». De plus la France ne peut pas s’engager plus en avant dans le pays, les hommes doivent être envoyés en Algérie sans délai.

Le Vietminh fait des efforts pour faire tomber la place forte pendant la conférence et le PC français est pris le 7 mai 1954. Dien Bien Phu marque la défaite finale des Français en Indochine. Cette défaite a un retentissement international. A Genève, on ne cherchera plus qu’à faire libérer les 10'000 prisonniers français placés dans des camps de concentration vietnamiens (60% mourront de faim et de maladies). La télévision russe filme abondamment la défaite en publiant son message partout : c’est la victoire des exploités sur le capitalisme. Le gouvernement Laniel (sous René Coty - Président) démissionne en France, la délégation à Genève change. Pierre Mendès France devient Premier ministre et s’engage à obtenir un cessez-le-feu en 4 semaines ou à démissionner s’il échoue. Il réunit 9 délégations à Genève : URSS (Molotov), USA, Chine (Chou Enlai), GB (Anthony Eden), Fr, Laos, Cambodge, Vietnam (Bao Daï et Ho Chi Minh). Les discussions s’avèrent difficiles car l’armistice entend la séparation des combattants, or la guérilla est imbriquée en territoire ennemi. Il faut une ligne de séparation et la mise en place d’un processus politique (élections). Cette ligne dépend de l’opinion des participants sur la situation militaire : Vietminh désire la 13e parallèle, France la 18e. Les Grands, qui n’ont pas intérêt à continuer la guerre (ils ne veulent pas une deuxième Corée) font pression sur leur allié. On décide donc d’une ligne de démarcation militaire sur la 17e parallèle. La France a 300 jours pour déplacer ses troupes en deçà, le Vietminh doit évacuer ses bases de guérilla et les désarmer (impossible à vérifier). Des accords politiques prennent place : une phase de pacification, plus de troupes étrangères au Vietnam et des élections générales (suffrage universel) avec bulletins secrets sous contrôle international. Le Vietnam veut un délai de 6 mois pour ce processus (pendant que le Vietminh est encore populaire de sa victoire), les Occidentaux veulent un long délai (le temps de démocratiser le pays) ; l’URSS impose 2 ans. Le sort du Vietnam semble donc ainsi réglé par la conférence de Genève.

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