Le discours aux morts (acte 2 scène 5) dans la guerre de Troie n'aura pas lieu de Giraudoux

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Le discours aux morts (acte 2 scène 5) dans la guerre de Troie n'aura pas lieu de Giraudoux

Message par quentin le Mer 18 Nov 2009 - 10:40

"Notre général semble confondre paroles[...]" à "La musique des Grecs éclate."

RENSEIGNEMENTS GÉNÉRAUX :
Œuvre : La guerre de Troie n'aura pas lieu
Auteur : Jean Giraudoux
Epoque : 20ème siècle
Extrait : Acte 2 scène 5 de la page 129 ligne 197 à la page 131 ligne 253
Courant littéraire: Jean Giraudoux appartient à aucun courant littéraire


DESCRIPTION DES PERSONNAGES:

Dans ce passage, 5 personnages apparaissent:

Demokos:
Demokos est un vieux poète belliciste intellectuel et un chef du sénat. Il incite les hommes au combat et grâce au mensonge, il assure le triomphe de la guerre pour laquelle il a consacré sa vie et sa mort.

Hector:
Il est le fils aîné de Priam et Hécube donc. le futur héritier du trône de Troie.
Il est marié à Andromaque qui attend un enfant de lui.
C'est aussi un ancien combattant et il hait la guerre.
Il est le porte parole des anciens combattants qui ne veulent plus retourner au combat.
C'est un homme sensible aux valeurs familiales et il est prêt à tout pour empêcher qu'une nouvelle guerre éclate, comme:

1) la gifle que lui inflige Oiax p.150
2) les insultes d'Oiax p. 148-150
3) le meurtre de Demokosp.184

La petite polyxène:
Polyxène est la plus jeunes des filles d'Hécube et Priam. C'est une fille très curieuse et naïve. Elle pose énormément de questions embarrassantes aux adultes. Elle montre l’innocence et la spontanéité.

Hécube:
Hécube est la femme de Priam, par conséquent la reine de Troie. C'est une femme de caractère et elle ne partage pas les idées de son mari. Hécube représente la sagesse et l’attention maternelle.
Priam:
Priam est le roi de Troie et fou d'Hélène comme tous les vieillards de la ville. Il est aussi le père d'Hector, Pâris, Cassandre, Troïlus et Polyxène. Il se laisse gagner par les causes de la guerre.

SITUATION :

Avant le passage:
Le sénat envoie le juriste Busiris pour une consultation à Troie. Il donne un jugement sur les Grecs. Selon lui, les Grecs sont coupables de trois manquements aux règles internationales.

Pendant le passage:
Hector fait le discours sur aux morts. Les grecs débarquent. Les portes de Troie se ferment.

Après le passage:
Les grecs sont arrivés à Troie. Hector s'en va avec son père Priam préparer leur discours pour les Grecs.


ANALYSE DU PASSAGE:


Les thèmes du passage à analyser sont la guerre et la paix.


STRUCTURE/DÉCOUPAGE DU PASSAGE:

Le discours aux morts :

• La première partie : de la ligne 197 à la ligne 219
o On peut intituler ce passage : «la honte d'Hector d'être vivant»

• La deuxième partie : ligne 220 à la ligne 228
o On peut intituler ce passage : «les morts braves et peureux»

• La troisième partie: ligne 228 à la ligne 232
o On peut intituler ce passage : «légitimation de la mort»

• La quatrième partie : de la ligne 232 à la ligne 238
o On peut intituler ce passage : « la fin du discours »
La paix :

• La cinquième partie : de la ligne 239 à la ligne 253
o On peut intituler ce passage : « la paix»

1ERE PARTIE

Héctor est placé « au pied des portes ». Il est dans une position symbolique, celle de l’orateur, général de troupes, qui est chargé à contre cœur de faire l’éloge des soldats disparus.
Dans la 1ere partie du discours au mort, Hector s’adresse directement aux morts, avec un ton abusif, déplacé. Il utilise pour cela 2 paradoxes.
« vous qui ne nous entendez pas », « écoutez »
« vous qui ne voyez pas », « voyez »
Ce sont deux contradiction logiques car un mort ne peut ni entendre ni voir.

Hector a honte d’avoir survécu à la guerre, et il ne sait pas si les morts de la guerre sont vus différemment des autres morts. Il dit « C’est ici que j’ai honte. Je ne sais pas si dan la foule des morts on distingue les morts vainqueurs par une cocarde ».
Cocarde : insigne de couleur porté par les militaires pour différencier leur régiment d’origine.
Oxymore : « les morts vainqueurs ». Seules les personnes vivantes peuvent vaincre.
Ici, Hector passe du « nous » au « je ». Il passe ainsi du chef de guerre à l’homme ordinaire. Il affirme sa honte d’être vivant et ignore complètement tout de la mort.

Hector reconnaît que les vivants n’ont gagné qu'une seule victoire, c'est d'avoir échappé à la mort. Il dit : « Les vivants vainqueurs ou non, ont la vrai cocarde, la double cocarde. Ce sont leurs yeux. »
Par cette phrase, Hector reconnaît que le fait de voir est le seul mérite d’avoir échappé à la mort. On voit aussi qu’il reprend le premier paradoxe ou il disait que les morts ne voient pas donc par conséquent, ceux qui ont des yeux, sont forcément les vivants.

Et que le fait d'être vivant n'a qu'un seul privilège, celui de goûter aux joies de la vie.
Ceci est démontré par une anaphore avec la répétition du "nous". Ce nous désigne les vivants.
Hector choque les auditeurs en appelant les morts « mes pauvres amis ». Hector prend un ton familier et affectueux. Et en citant : « Nous mangeons, nous buvons…Et dans la clair de lune !… Nous couchons avec nos femmes…Avec les vôtres aussi… ». Il démontre ici qu’il n’est plus question de gloire ou d’honneur mais simplement du droit à la vie. Avec cette provocation, Hector critique le traditionnel respect du aux morts.
Les points de suspension à la fin de la 1ère partie, montre que Hector est un homme sensible, il n'arrive pas à finir ses phrases.

Demokos interrompt le discours d’Hector. Demokos ne saisit pas l’ironie et pense qu’Hector critique les morts. Il lui reproche même de ne pas respecter les codes des discours aux morts.
Quant à Priam, il dit à Hector d’achever son discours car les grecs arrivent. Cela démontre que ce discours est une sorte de coutume que les vivants ne s’en intéressent pas et que les morts n’entendent pas.

MINI CONCLUSION
La 1ère partie du discours se fonde sur l’opposition constante entre les vivants et les morts. La mort est caractérisée par la perte des sens. La vue et l’ouïe.
Il sert à flatter l'orgueil et le patriotisme des vainqueurs alors qu'en réalité c'est de l'hypocrisie car en réalité, pour lui, c’est une honte d’être vivant.
Il est important de mettre en relief le jeu dans le discours d’Hector. En effet, nous connaissons le sentiment de ce dernier face aux conséquences de la guerre : il se sent coupable d’être vivant. Et pourtant, tout au long de cette partie, il insulte ouvertement les morts. Ces dires sont tout à fait non conformes au code du discours aux morts ! Pourquoi agit-il ainsi ? Par cette ironie, Hector critique non pas les morts mais le discours aux morts qu’il trouve inutile. De plus, comme nous le verrons par la suite, il tente de culpabiliser les vivants.

2EME PARTIE

La deuxième partie du passage commence exactement comme la première avec deux oppositions.
« vous qui ne sentez pas », « respirez cet encens »
« vous qui ne touchez pas », « touchez ces offrandes »

Dans la 1ère partie, nous avons noté que la mort était caractérisée par deux sens : la vue et ouïe. Cette fois, l’accent est mis sur le touché et l’odorat.
La mort est donc illustrée par l’extinction des sens au fur et à mesure du discours mais toujours avec ironie car nous ne pouvons pas toucher ou sentir lorsque nous sommes morts.

On ressent ici qu’Hector parle avec franchise car il se présente comme « général sincère » (ligne 222). Il quitte le pronom « nous » où il parlait au nom des vivants et laisse place au « je », ainsi il donne son point de vue personnel. Le mot «General» est important car nous avons une allusion direct à la guerre et il se définie comme le chef de sa troupe qui parle à ses soldats.

Ensuite, avec la répétition du mot « égal », Hector transgresse l’opposition qu’il y a entre les vivants et les morts de la guerre ! Ceci est aussi mis en évidence par de nombreuses antithèses :
« brave/peureux », « chez vous/chez nous », « j’admire/je n’admire pas ».
Ces antithèses nous démontrent que sur terre ou dans l’haut delà, on trouve des bonnes comme des mauvaises personnes ce qui tends à instaurer une égalité entre les survivants et les défunts.

Hector prouve à nouveau sa sincérité en gardant ces convictions même lors du discours aux morts : « vous ne me ferez pas confondre, à la faveur d’une cérémonie, les morts que j’admire avec les morts que je n’admire pas.».
Cette phrase enfreint de nouveau les normes du discours aux morts car celui-ci est en général destiné à tous les disparus. Cependant, Hector s’adresse uniquement à ceux qu’il admire.
Cela nous laisse penser que cette critique s’adresse autant aux décédés qu’aux vivants lâches car comme mentionné auparavant, les vivants et les morts sont égalisés. Par cette cérémonie, Hector vise les morts et les vivants vénérables et, Indirectement, il attaque les rescapés peureux.

3EME PARTIE

« Ce que j’ai à vous dire aujourd’hui » il s’agit d’une expression cérémonieuse. Avec cette phrase il recentre le discours sur son véritable sujet qui est la guerre. Ici nous avons aussi un connecteur temporel « aujourd’hui ». Ce connecteur temporel remet l’action au présent.
Ensuite, « […] c’est que la guerre me semble la recette la plus sordide et la plus hypocrite pour égaliser les humains. » Hector présente la guerre comme une recette. Il prononce une condamnation sans appel de la guerre. Il y a un oxymore « recette sordide ». Il dénonce le destin des soldats. Le destin des soldats qui partent à la guerre est la mort. Il y a une opposition entre « châtiment » et « récompense ». L’homme qui ne survit pas à la guerre subit le châtiment, tandis que le combattant qui survit obtient la récompense d’être vivant.



4EME PARTIE

Hector fait la conclusion du discours aux morts. Il introduit sa conclusion par le mot « aussi » et enchaine par des adjectifs négatifs tels que « absents, inexistants, oubliés », et aussi par une répétition de mots négatifs « sans occupation, sans repos, sans être ». Hector condamne l’attitude des survivants, qui sont comparés à des « déserteurs ». Pour lui, les vivants ont fui la mort. Hector souligne la mauvaise conscience des survivants : la vie qu’ils doivent aux morts est un « privilège et un vol ».

5EME PARTIE

Les commentaires de la petite Polyxène nous montrent qu’il y a la paix car les portes se sont fermées. Sa réplique : « ce sont les morts qui les poussent » puis celle d’Hécube « ils aident, un petit peu », résument l’ensemble du discours d’Hector. En fermant la porte, les disparus semblent réclamer la paix et condamner la source de leur disparition.». « c’est fait ? Elles sont fermées ? » montre que Hector est angoissé et a peur d’un nouveau conflit. Il essaye de se rassurer. La réponse du garde « Un coffre-fort… » est un anachronisme. En effet, il s’agit d’une erreur historique. Il situe le coffre-fort dans une époque où cela n’existait pas. La ville est maintenant en sécurité. Il y a une répétition du mot « paix ». Cette répétition signale l’ironie présente car même si les portes se sont fermées, ils entendent la musique des grecs ce qui signifie qu’un nouveau conflit s’annonce.

CONCLUSION

Notre passage commence par le discours aux morts d’Hector. Hector ne respecte pas le code funèbre. Hector d’écrit la guerre de façon inutile. Il dénonce l’injustice humaine. Son discours se termine par de l’espoir avec la fermeture des portes même si ils sont conscients que la porte va à nouveau s’ouvrir pour délivrer Hélène aux Grecs.



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