L'argumentation de Sépulvéda pp.60 à 69

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L'argumentation de Sépulvéda pp.60 à 69

Message par Admin le Lun 8 Juin 2009 - 6:35

Deuxième partie- L'argumentation de Sépulvéda pp.60 à 69

Le philosophe(Sépulvéda ) (...)de l'ordre dans sa pensée, à l'aide de dix secondes de silence, puis il dit :
- D'abord les Indiens méritent leur sort parce que leurs péchés et leur idolâtrie sont une offense constante à Dieu. Et il en est ainsi de tous les idolâtres. Leur attitude lui répugne. Sans doute a-t-il tenté à plusieurs reprises, dans son infinie bonté, de les éclairer, de les ramener sur le bon chemin. Cependant, ils ont persisté dans le crime. Aussi, en fin de compte, a-t-il décidé de les punir. Et les Espagnols sont le bras de Dieu dans cette guerre, comme ils l'ont été contre les Maures.
Dans l'assistance, on voit se hocher plusieurs têtes. Il ne fait pas de doute que le raisonnement de Sépulvéda, dans une assemblée aussi pieuse, ne parvienne à convaincre certains, ou à les confirmer dans une conviction commode. Il est toujours très rassurant - pour la conscience en tout cas - de mettre Dieu de son côté, et qu'il partage la victoire.
- Mais de quels péchés parlez-vous ? demande le dominicain. De quels crimes ? Et pourquoi Dieu, à qui tout est possible, aurait-il échoué dans son entreprise de les convaincre ? Pourquoi ne leur a-t-il pas envoyé son fils ? Qui est brouillé, ici ? Qui est aveugle ? (…)
- Je pose d'abord la question générale, dit alors le philosophe. (…)
- N'est-il pas établi, n'est-il pas parfaitement certain que tous les peuples de la Terre, sans exception, ont été créés pour être chrétiens un jour ?
Les murmures qui courent dans les stalles sont tous d'approbation, et Las Casas lui-même hoche la tête.
- Oui, cette vérité est établie, répond le légat.
- Et n'est-il pas certain que nous devons tout faire pour les mener à la vraie foi ?
- Cela ne peut pas se discuter.
(…)
- Tous les êtres humains, dit-il, sont prédestinés à être chrétiens un jour. Tous les êtres humains, je dis bien, quels qu'ils soient, quels que soient leur origine et leur degré de qualité, même les ignorants, même les barbares. Nous ne pouvons pas mettre en doute cette parole.
- C'est en effet hors de question, dit le cardinal.
- Tous les êtres humains ont en eux comme une étincelle de christianisme. Ils font tous partie du corps mystique du Christ, car la religion chrétienne est une voie universelle.
- Elle est la seule voie, dit le cardinal. (…)
Le légat relance la dispute avec cette phrase :
- Puisque vous dites que les indigènes sont nos semblables, ils sont donc aussi des démons ?
Las Casas paraît surpris, non par l'argument lui-même, mais par le fait qu'il lui soit adressé à ce moment-là et sous cette forme. (…)
- Éminence, dit-il, pardonnez-moi, je ne peux pas recevoir cet argument. Il me paraît mal articulé.
Avec une pointe d'agacement - mais peut-être est-ce là aussi une feinte, peut-être le prélat n'a-t-il parlé de cette manière que pour venir secrètement en aide à Las Casas - le cardinal répond :
- Eh bien redressez-le.
- De part et d'autre ils sont des hommes. Les mêmes hommes. Mais la soif de l'or et de la conquête transforme les nôtres en démons.
- Les nôtres seulement ?
- Oui Éminence. Les autres n'étaient poussés par aucun désir que celui de nous recevoir. Aucune passion de gain ou de possession ne les agitait.
Le cardinal hoche la tête, choisit de ne pas insister et se tourne vers Sépulvéda :
- Continuez, professeur.
Le professeur remercie d'un mouvement de la main et reprend son discours à l'endroit même où il l'avait laissé : les peuples de la Terre sont donc destinés à être chrétiens. À être touchés, un jour ou l'autre, par la parole du Christ. Le monde est ainsi fait, depuis l'origine des temps. Or, voici que nous découvrons une population inconnue qui n'a jamais entendu parier de Notre Seigneur, de la Rédemption, de la Croix ! (…) jamais la parole du Christ n'a été portée sur ces terres ! Ce qui signifie quoi ?
Sépulvéda poursuit :
- Cela signifie et ne peut signifier qu'une chose : qu'il ne s'agit pas de créatures reconnues par Dieu ! Qu'elles sont étrangères au salut ! Et je vais le prouver. D'abord, comme on l'a dit, par l'extrême facilité de l'action : trois cents hommes venus d'Espagne soumettent un empire fort de vingt millions d'habitants, et on n'y verrait pas la main de Dieu ? Aucun exploit, dans aucun temps, n'a pu se comparer à cette conquête ! Même la maladie était de notre côté ! L'épidémie de petite vérole fut le travail de Dieu pour éclaircir la route. Les idolâtres mouraient comme des punaises, car Dieu désirait les éliminer. Aujourd'hui, cette désaffection se manifeste encore. Forcés de démolir leurs temples, à Mexico, ils tombent chaque jour nombreux, broyés sous les pierres : comment ne pas y voir une punition divine ? De même pour les mines ! je sais bien que cela peut parfois ressembler à de la cruauté humaine, et je ne dis pas, naturellement, que cette cruauté ne s'est pas quelquefois exercée, mais comment expliquer, depuis le début, que les indigènes obéissent si facilement aux Espagnols ? Comment expliquer qu'ils ne se révoltent pas contre leurs nouveaux maîtres ? Qu'ils choisissent le plus souvent de se soumettre et parfois de se suicider sans combattre?
Il s'adresse directement au dominicain :
Vous disiez qu'ils ont perdu le goût de la vie et que leurs enfants naissent déjà morts. Vous parlez de certaines herbes que les femmes auraient avalées. Vous y voyez des signes de découragement humain. Mais n'est-ce pas plutôt la preuve lumineuse de la condamnation divine ? Ne sont-ils pas pliés par la main de Dieu et comme déjà jetés dans l'enfer ?
(…)
- Jamais, et vous le savez, jamais vous n'avez pu expliquer convenablement l'absence du Christ sur ces terres! Jamais ! Vous avez cherché mille détours, vous avez mis en doute la parole du fils de Dieu, vous êtes allé jusqu'à mentir ! Oui, jusqu'à mentir, jusqu'à falsifier des vestiges, en vrais charlatans, car certains de vos amis n'ont pas hésité à fabriquer de fausses croix, avec du vieux bois, pour faire croire à d'anciens passages des apôtres! Eh bien, cette explication, je vous la donne aujourd'hui. Et elle est très simple, comme toute vérité. Mais vous devez élever vos yeux de la terre et les ouvrir à la lumière divine, qui permet de voir l'évidence et le sens des choses, hors des ténèbres où nous vivons. L'histoire des hommes est menée par Dieu. Personne n'en doute. Sachons deviner sa main invisible quand elle s'exerce. Ici, le sens est clair : ces créatures à l'apparence humaine ne font pas partie du peuple de Dieu. Elles ne sont pas comprises dans la vision universelle. Elles sont exclues de la promesse et la bonne nouvelle n'est pas dite pour ces sauvages. C'est une vérité sans ombre, qui explique tout. Celui qui refuse de la voir, il se rend aveugle lui-même.(…)
La couronne espagnole, a reçu du pape, et par conséquent de Dieu, une mission providentielle, une sorte d'investissement sacré : porter l'Évangile dans le Nouveau Monde. Aucun prétexte - même la charité - ne permet d'y faillir. (…) La guerre des Nouvelles Indes a été ordonnée par la plus légitime des autorités. Elle est donc juste et nécessaire.
- Assimiler les Portugais et les Espagnols à des créatures du Diable, dire que le démon les a pénétrés à leur débarquement sur les terres nouvelles, mais quelle aberration ! Quelle folie de langage ! Quel désordre dans la pensée ! Les indigènes eux-mêmes ont reconnu que les arrivants leur étaient envoyés par quelque dieu : ils en étaient sûrs, par instinct ! Depuis les tout premiers contacts ! Ils allaient jusqu'à les adorer ! (…) - Et faire des Indiens des innocents ! Mais comment vous suivre ? Eux qui sacrifiaient à leurs idoles des milliers, des dizaines de milliers de victimes ! Quatre-vingt mille pour la seule inauguration du grand temple de Mexico ! (…)
- Mais c'est le plus barbare, le plus sanglant des peuples ! Sodomites, oui, et cannibales ! Vous avez oublié de le rappeler ! Ils allaient, a-t-on dit, " le ventre gonflé de chair humaine " ! Ils ont tué des soldats espagnols et ils les ont mangés ! Et certains, pour danser, revêtaient des peaux de chrétien ! Vous dites qu'ils ne savent pas mentir ? Mais ils vous ont trompé ! Continuellement ! Dès qu'un peuple sait parler, il sait mentir ! Ces Indiens sont pour la plupart des sauvages féroces. Non seulement il est juste, mais il est nécessaire de soumettre leurs corps à l'esclavage et leurs esprits à la vraie religion !
Les murmures d'approbation l'accompagnent toujours, tandis que les plumes continuent de se dépêcher sur le papier.
Sépulvéda établit avec fermeté la condition barbare des habitants de Mexico. Indirectement, il parvient à faire place à la charité :
- A supposer même l'absurde, à supposer qu'ils soient innocents par nature, personne ne met en doute qu'ils sacrifiaient des vies humaines pour capter les faveurs de leurs dieux. Ainsi notre guerre ne serait-elle pas justifiée, une guerre menée pour protéger des innocents contre des chefs tyranniques, qui mettaient à mort leurs hommes et qui souvent les dévoraient ?

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